Créée voilà deux ans, cette compagnie professionnelle caennaise est née de la rencontre d'artistes et de militants ancrés à gauche. Elle est intervenue lors d'un congrès, samedi.
Une voiture bleue arrive plein pot dans la cour de l'Institution Sainte-Marie, ce samedi après-midi. Matraques bien en main, six ou sept policiers, genre cow-boy, en sortent. « Allez, on se regroupe là ! Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. » Les personnes visées, amusées, se prennent vite au jeu.
Imperméable vert, lunettes noires, cheveux gominés, le commandant Lambert prend la parole : « Vous avez été sélectionnés pour passer les tests d'aptitude à l'identité nationale... L'immigration, c'est vous qui la vivez, c'est nous qui la choisissons ! » Derrière ces personnages de « La France d'après », se cachent les acteurs de la compagnie L'Oreille arrachée, et quelques amis.
Fibre militante
Ce samedi, ils interviennent au 21e Congrès de la Fasti, Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés, qui s'est déroulé durant trois jours, ce week-end (lire « Ouest-France » de samedi). Comme tous ces militants venus de toute la France, les membres de L'Oreille arrachée veulent « essayer de construire un monde plus juste et meilleur », souligne le comédien Romuald Duval, alias le commandant Lambert. Si elle donne « dans le registre de la caricature », cette troupe affiche clairement ses opinions. Sans concession. Avec des textes incisifs, elle donne dans le politiquement incorrect, fait sourire, rire... ou grincer des dents. Il y a un peu de « Guignols de l'Info » ou de Desproges chez eux.
Ce n'est pas un hasard si ces artistes-là veulent « faire réagir » par des « pamphlets politiques » et la caricature. Leur fibre est étroitement liée au réseau militant. Créée voilà deux ans, L'Oreille arrachée est née de la rencontre entre le comédien Romuald Duval, un sonorisateur (Joël Adam, nom d'artiste Fred Poulet) et un musicien (Manu Constant). En février 2005, la mise en voix de l'immeuble Laperrine, avant sa démolition, représente leur premier chantier artistique.
La compagnie fait partie du collectif d'artistes Bazarnaom, participe aux créations de la radio du même nom. « C'est là où L'Oreille arrachée vit et travaille. » Thibault Lemière et Aurélien Guidi, étudiants en sociologie et en histoire, ont, depuis, intégré la troupe. Leur point commun à tous : « Une fibre militante. » À des degrés divers, ils agissent au sein du Collectif pour le respect des droits des étrangers du Calvados, de l'association Résistances, d'Attac-14 ou plus récemment du Crap, Collectif de résistance autonome et populaire né des manifestations « anti-Sarkozy ». « Dès le départ, le mélange entre le théâtre de rue d'intervention, le son et le militantisme a opéré. »
Intermittents, précaires, sans-papiers ou contre les projets de Nicolas Sarkozy... L'Oreille arrachée se mobilise à sa façon, sous forme de scènes théâtralisées, au coeur des manifestations dans la rue. Comme mercredi dernier, place du Théâtre. « On en a marre de toujours voir ces manifs, avec les mêmes banderoles. On a envie de dire et d'amener autre chose », lance le dénicheur de sons Joël Adam. « C'est aussi le rôle d'une certaine culture de faire ça, ajoute Romuald Duval. Le théâtre est un moyen d'expression très fort et touche tous les publics. »
Nathalie HAMON.
Ouest-France

