Une fin de manif' contenue par les matraques

Il est 15h30, le président est déjà loin mais les CRS sortent les matraques contre le dernier carré des manifestants qui venait pourtant de négocier une dispersion dans le calme.
Les enseignants étaient venus réclamer la restitution des 13 500 postes supprimés dans l'Éducation nationale. On retiendra surtout la présence policière et les heurts en marge de la visite présidentielle.
« Faites un cordon et on se dispersera tranquillement, qu'attendez-vous? que cela dégénère? » Il est 15h30, le président est parti depuis deux heures mais la tension n'est pas retombée, loin de là . Une soixantaine de manifestants, dont plusieurs responsables syndicaux de la Manche, se serrent les coudes, bloqués par des dizaines de CRS à l'arrière de la mairie de Saint-Lô. Les policiers acceptent finalement de former un cordon mais une échauffourrée éclate, semble-t-il au moment où un militant CGT tente de protéger un lycéen. Des personnes sont projetées à terre, d'autres sont maintenues en respect par les matraques.
Les nerfs sont à vif. Lionel Lerogeron, secrétaire de la CGT de la Manche, prend le porte-voix tandis que les CRS quittent les lieux. « Les jeunes, je vous demande vraiment de vous disperser, ce n'est pas avec vingt personnes de plus au commissariat que ça ira mieux, nous aurons d'autres rendez-vous pour la mobilisation.»
3000 manifestants, 500 policiers et gendarmes
L'ambiance électrique qui régnait depuis le matin est montée d'un cran en début d'après-midi, quand plusieurs dizaines de militants ont réclamé devant le commissariat la libération des personnes interpellées. Une vingtaine de cars de CRS et de gendarmes mobiles stationnent alors boulevard de la Dollée. « En guise de réponse, on a eu une sommation, puis des gaz lacrymo. » Le groupe gagne alors la préfecture, où une délégation est reçue par la directrice de cabinet du préfet (1). « Elle a fait l'étonnée quand on lui a parlé de gaz lacrymo », ironise un militant. Après la préfecture, direction l'hôtel de ville. L'entrée est sous bonne garde et le groupe de manifestants est contenue à l'arrière de la mairie. C'est alors que l'échauffourée éclate.
Le point presse organisé un peu plus tard à la maison des syndicats réunit l'intersyndicale des enseignants (FSU, Sgen, SE-Unsa), la CGT, la CFDT et aussi deux représentants du mouvement La jeunesse de gauche se mobilise.« On a assisté aujourd'hui aux voeux brouillés à la normande de Nicolas Sarkozy », résume Ralph Lejamtel, de la FSU. « On n'avait pas anticipé une telle mobilisation. Entre 3000 et 3500 personnes, des jeunes, des retraités, des enseignants rassemblés autour d'une place vide, très symbolique de ce pouvoir isolé. »
Mais la journée laisse un goût amer: « Nous sommes indignés du comportement des forces de l'ordre, des jeunes ont été embarqués, des syndicalistes bastonnés, deux de nos camarades ont été arrêtés pour avoir tenté de défendre ces jeunes», énumère Lionel Lerogeron. Ralph Lejamtel ajoute: « Les autorités ont fait en sorte de laisser pourrir la manifestation, pour qu'on ne retienne que cela et qu'on ne parle pas pas du problème de fond de l'Education nationale. »